(Droits réservés : Intercommunalités de France / Bruno Levy)
Un constat toujours alarmant
La question de la parité dans les intercommunalités reste un défi majeur pour les collectivités locales. Malgré des progrès notables, les femmes sont encore sous-représentées dans les instances décisionnelles, que ce soit parmi les élues ou les agentes administratives. Lors d’un atelier intitulé
« Élus et agents : vers une intercommunalité plus inclusive », les participantes ont pu échanger sur les obstacles persistants et les solutions pour avancer vers une gouvernance plus équilibrée.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : après les élections de 2020, on compte seulement
35,8 % de conseillères communautaires,
25,6 % de vice-présidentes et
11,2 % de présidentes. Une progression est observable par rapport à la mandature précédente, mais elle reste insuffisante pour atteindre une réelle égalité.
Des freins à l’engagement des femmes : entre obstacles juridiques et culturels
- Un mode de scrutin défavorable
Dans les communes de moins de 1 000 habitant·es, le scrutin plurinominal avec panachage limite l’accès des femmes aux postes de responsabilité. Comme la désignation des conseillers et des conseillères communautaires suit l’ordre des fonctions municipales (maire, adjoints…), et que
80 % des maires sont des hommes, et qu’il n’y a souvent qu’un siège à pouvoir, les femmes se retrouvent souvent exclues des assemblées et des exécutifs intercommunaux.
La
loi du 21 mai 2025 corrige cette inégalité en généralisant le scrutin de liste paritaire dans les communes de moins de 1 000 habitant·es. Cependant, sa mise en œuvre se heurte à des résistances politiques, notamment de la part de certains députés de droite et d’extrême droite.
- Des barrières culturelles tenaces
Au-delà des contraintes juridiques, les freins culturels restent ancrés :
Stéréotypes de genre : Les femmes sont souvent cantonnées à des rôles sociaux (éducation, santé), tandis que les hommes dominent les postes techniques ou décisionnels.
Autocensure et syndrome de l’imposteur : Beaucoup de femmes doutent de leur légitimité à briguer des mandats, en raison d’une
répartition des rôles sociaux et d’un manque de soutien institutionnel.
Manque de politiques publiques ambitieuses : Les dispositifs existants (comme les plans d’égalité professionnelle) peinent à briser le « plafond de verre » qui limite l’accès des femmes aux postes à responsabilité.
Une étude menée en Bretagne en 2019,
« Parité 2020 : Citoyennes aujourd’hui, maires demain », a révélé que ces freins sont renforcés par des
comportements sexistes, une
répartition inégale des charges familiales et des
difficultés de mobilité, notamment en zones rurales.
Des avancées législatives et locales
- La loi et ses limites
La
loi du 4 août 2014 impose aux intercommunalités de plus de 20 000 habitant·es de présenter un
rapport sur l’égalité femmes-hommes avant les débats budgétaires. Ce rapport doit analyser la situation (fonctionnement administratif interne, politiques publiques) et proposer des mesures correctives.
En septembre 2025, une
proposition de loi n°1885 a été déposée pour instaurer la parité dans les gouvernances intercommunales. Elle prévoit que :
« La répartition, par sexe, des vice-présidents doit s’effectuer en proportion de celle, par sexe, des membres de l’organe délibérant ».
Si cette loi était adoptée, elle s’appliquerait dès
2032. Ce n’est qu’un premier pas vers la parité.
- Des initiatives locales inspirantes
Certaines intercommunalités montrent l’exemple, à l’image de
Quimperlé Communauté :
Un groupe de travail dédié : créé pour identifier les freins et proposer des solutions, il a permis de passer de
2 à 6 femmes maires sur 16 communes entre 2020 et 2026.
Un exécutif paritaire : trois maires hommes ont cédé leur place de vice-président à des femmes de leur équipe.
Des mesures concrètes : remboursement des frais de garde pour les élues ; Nomination de femmes sur des délégations traditionnellement masculines (déchets, environnement, sport) ; Signature de la
Charte européenne pour l’Égalité par les 16 communes ; mise en place de
groupes de travail égalité pour les élu.es et les agent.es.
Ces efforts ont été récompensés en 2023 par un trophée
La Marianne de la Parité, prix décerné par Elles aussi qui distingue les intercommunalités les plus engagées en faveur de la parité et de l’égalité.
Un plafond de verre persistant pour les agentes administratives :
Si
61 % des agents territoriaux sont des femmes, leur répartition reste très inégale :
96 % dans la filière sociale ;
95 % dans le médico-social ;
82 % dans l’administratif ;
seulement 24 % occupent des postes de directrices générales.
Pour lutter contre ces inégalités, des dispositifs ont été mis en place :
- Loi Sauvadet (2012) et la loi de Transformation de la Fonction Publique (2019) : obligation de représentation équilibrée dans les emplois de direction.
- L’Index d’égalité professionnelle : outil de mesure pour identifier et corriger les écarts.
- Le Mentorat : l’Association des Directeurs Généraux des Communautés de France (ADGCF) a lancé un programme pour accompagner les femmes vers des postes de direction.
À Quimperlé Communauté, des actions symboliques et pratiques ont été engagées :
- Affichage du bandeau « Nos métiers n’ont pas de sexe » sur les offres d’emploi.
- Recrutement paritaire pour les équipes de saisonniers.
- Télétravail facilité pour les femmes enceintes ou allaitantes.
- Mise à disposition de protections hygiéniques biologiques dans les toilettes.
- Formation à l’écriture inclusive et création de groupes de travail égalité.
Une égalité qui se construit pas à pas
L’égalité femmes-hommes dans les intercommunalités est un
chantier en cours, qui nécessite :
des lois plus contraignantes (scrutin paritaire, limitation du cumul des mandats),
une volonté politique forte (exécutifs paritaires, budgets dédiés),
un changement culturel (lutte contre les stéréotypes, accompagnement des femmes).
Les exemples comme
Quimperlé Communauté montrent que des progrès sont possibles, mais ils demandent
persévérance et exemplarité. La parité n’est pas seulement une question de justice sociale : c’est aussi un
levier pour une gouvernance plus représentative et efficace.
Et vous, quelles actions pourraient être mises en place dans votre territoire pour favoriser l’égalité entre les femmes et les hommes ?
VOIR PLUS – Compte rendu de l’atelier d’Intercommunalités de France : « ÉLU(E)S ET AGENT(E)S : VERS UNE INTERCOMMUNALITÉ PLUS INCLUSIVE »
Reine Lépinay, co-présidente d’Elles aussi