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ELLES AUSSI – Colloque du 29 juin 2026 : Retour sur les éléments essentiels  

Démocratie dans le Conseils municipaux et intercommunaux  
Et la parité alors ?

 

Colloque en présence de :
– Véronique Genelle et Reine Lépinay co-présidentes d’ELLES AUSSI à l’initiative du colloque.
– Aurore Bergé, Ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.
– Fabrice Maridet Maire de Saint-Pourçain-sur-Besbre dans l’Allier, Président de la Communauté de Communes d’intercommunalité « Entre Allier Besbre et Loire ».

– Dominique Vérien, Sénatrice, Présidente de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes.

– Marie-Claude Lermytte, ancienne maire de Brouckerque, 1ère Vice-Présidente de la Com-Com des Hauts de Flandres, Conseillère régionale des Hauts de France, Sénatrice du Nord.
– Claire Cabanel, Maire de Chemilly (Allier) depuis 2022, Vice-présidente de 2022 à 2026 de Moulins agglo, Conseillère communautaire depuis mars 2026.
– Isabelle de Waziers, Maire de Lignières-en-Vimeu, 1ère Vice-présidente de la Com -Com Somme Sud-Ouest. Présidente de la Communauté de la région d’Oisemont de 2014 à 2017.
– Juliette Hurlot, Maire de Clitourps de 2020 à 2026, Conseillère municipale depuis 2026 et Présidente de femmes et élues de la Manche.

Où en sommes-nous ?

Le colloque « Démocratie dans les Conseils municipaux et intercommunaux. Et la parité alors ? », organisé au Sénat, le 29 juin 2026 fait le point sur la place des femmes dans la démocratie locale. Le constat est à la fois encourageant et préoccupant : les femmes sont désormais beaucoup plus présentes dans les Conseils municipaux, notamment grâce à la réforme de 2025, mais elles restent nettement moins nombreuses lorsqu’il s’agit d’exercer les responsabilités les plus importantes, en particulier celles de Maire, de Présidente ou de Vice-présidente d’intercommunalité.

Une avancée importante pour les très petites communes.

La loi du 21 mai 2025 a généralisé le principe des listes paritaires aux élections municipales, y compris dans les communes de moins de 1 000 habitants. Cette réforme a mis fin à une situation dans laquelle les très petites communes pouvaient encore avoir des Conseils municipaux très largement masculins.

Lors du colloque, plusieurs élues racontent toutefois que la constitution de listes paritaires n’a pas été partout aussi simple. Dans certaines communes, il a fallu convaincre des femmes de se présenter, tandis que, dans d’autres, il a fallu demander à des hommes déjà en place de laisser leur place. Les témoignages montrent cependant que l’argument selon lequel « on ne trouverait pas de femmes » n’est pas une fatalité : lorsque l’on va réellement à leur rencontre, nombreuses sont celles qui acceptent de s’engager.

Les parcours des élues sont d’ailleurs très variés. Certaines ont été encouragées par leur conjoint ou sollicitées directement par les habitants ou le maire. D’autres sont venues de la vie associative ou professionnelle et ont progressivement pris des responsabilités. Plusieurs expliquent avoir d’abord douté de leurs capacités avant de découvrir qu’elles étaient parfaitement capables d’exercer un mandat.

Le vrai problème : accéder au pouvoir !

La présence des femmes dans les Conseils municipaux ne signifie cependant pas que le pouvoir est partagé à parts égales.

C’est particulièrement visible dans les intercommunalités, qui regroupent plusieurs communes et prennent des décisions importantes concernant, par exemple, l’eau, l’assainissement, les transports, le développement économique ou l’aménagement du territoire.

L’étude présentée par Elles aussi compare notamment la situation de 2017 et celle de 2025 dans 725 intercommunalités réparties dans huit régions. Elle examine la proportion de femmes dans les Conseils communautaires et dans les exécutifs, ainsi que la présence de femmes aux postes de Présidente et de Vice-présidente. L’étude constate des progrès, mais pas encore la parité.

Un exemple présenté au colloque illustre particulièrement bien ce phénomène. À Moulins Communauté, les femmes représentaient 42 % du Conseil communautaire, mais seulement 30 % du bureau et 17 % des Vice-présidents. Autrement dit, plus on monte dans la hiérarchie des responsabilités, plus la proportion de femmes diminue.

La question n’est donc plus seulement : « Combien de femmes sont élues? », mais aussi : « À quels postes sont-elles nommées et ont-elles réellement accès aux décisions ? »

Le colloque insiste également sur la dimension qualitative de la parité. Il ne suffit pas d’avoir quelques femmes dans un exécutif : encore faut-il qu’elles puissent exercer des responsabilités importantes, comme les finances, l’économie, l’urbanisme ou l’aménagement. Fabrice Maridet, le Président d’Entr’Allier Besbre et Loire témoigne ainsi avoir volontairement constitué un bureau composé de cinq femmes et cinq hommes, en confiant aux femmes plusieurs délégations stratégiques.

Pourquoi les femmes restent-elles moins nombreuses ?

Les témoignages font apparaître plusieurs obstacles :
– Le manque de confiance en soi. Certaines femmes hésitent à se présenter parce qu’elles pensent ne pas avoir les compétences nécessaires. Plusieurs élues expliquent pourtant qu’on apprend le fonctionnement d’une Mairie en exerçant le mandat, tout comme elles-mêmes ont appris progressivement à gérer un budget, l’assainissement ou les services municipaux.
– Le temps disponible. Pour une femme qui travaille et qui a des enfants, cumuler emploi, vie familiale et mandat municipal peut être extrêmement difficile. Dans les petites communes, les indemnités d’élu sont parfois insuffisantes pour permettre de réduire ou d’abandonner son activité professionnelle.
– Les stéréotypes et les comportements sexistes. Plusieurs intervenantes évoquent les remarques sur l’apparence, l’âge, la vie familiale ou la capacité des femmes à « tenir » dans la durée. Certaines parlent également d’agressions verbales ou de violences dirigées contre les élues. Ces expériences peuvent décourager de nouvelles candidates.

Enfin, les femmes peuvent être moins présentes dans les réseaux informels où se préparent parfois les équilibres politiques locaux. Claire Cabanel, Maire de Chemilly (Allier) raconte ainsi avoir découvert que la répartition des postes intercommunaux était parfois largement décidée avant même le vote officiel. D’autres témoignages comme celui d’Isabelle de Waziers, Maire de Lignières-en-Vimeu, 1ère  Vice-présidente de la Communauté de Communes Somme Sud-Ouest défendent au contraire des systèmes dans lesquels les candidatures sont discutées ouvertement entre les communes et les maires. Le colloque fait donc apparaître des expériences différentes selon les territoires.

Une question plus large se pose : Quel avenir pour la démocratie locale ?

Le débat dépasse largement la seule question de la parité. La France compte encore près de 35 000 communes, dont une très grande majorité sont de petites communes. Cette organisation permet une démocratie de proximité à laquelle les habitants restent attachés, mais elle pose aussi des problèmes de moyens humains, financiers et administratifs.

L’intercommunalité a justement été créée pour permettre à plusieurs communes de travailler ensemble. Mais elle a progressivement pris une place importante dans la décision publique, alors que les citoyens connaissent parfois mal son fonctionnement et ses élus.

Le politiste Éric Kerrouche, Sénateur des Landes souligne ainsi un paradoxe : le maire reste l’élu local bénéficiant du niveau de confiance le plus élevé mais la participation des électeurs aux élections locales diminue. La participation au scrutin municipal de mars 2026 s’est élevée à 57,7 %. Cette abstention pose la question de la représentativité réelle des institutions locales.

Pour le Sénateur Kérouche, les Communes nouvelles pourraient permettre de conserver une démocratie de proximité tout en donnant davantage de moyens aux communes. L’intercommunalité pourrait alors se concentrer davantage sur les grandes orientations et la coordination entre territoires.

La « parité miroir », une piste pour les intercommunalités

Une des principales propositions défendues lors du colloque est celle de la parité miroir. L’idée est simple : la composition de l’exécutif intercommunal devrait refléter la proportion de femmes et d’hommes présente dans le conseil communautaire.

Par exemple, si un conseil communautaire compte 40 % de femmes, l’exécutif devrait tendre vers cette même proportion. Le dispositif envisagé prévoit également une alternance entre femmes et hommes et que la première vice-présidence soit occupée par une personne d’un sexe différent de celui du président.

Cette proposition a notamment été discutée au Sénat en juin 2026, mais l’amendement présenté sur ce sujet n’a pas été adopté. L’association Elles aussi considère que cette absence de règle laisse persister un écart entre la représentation des femmes dans les assemblées et leur présence dans les lieux où les décisions sont effectivement prises.

Une démocratie plus représentative

Le message général du colloque est finalement assez simple : la parité ne doit pas s’arrêter au seuil des Conseils municipaux.

La réforme de 2025 a permis une avancée importante dans la représentation des femmes. Mais pour les participantes et participants au colloque, le prochain enjeu est de faire en sorte que cette représentation se traduise également par un partage réel des responsabilités.

Aurore Bergé, la Ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes souligne ainsi que l’entrée des femmes dans les assemblées ne suffit pas : elles doivent aussi pouvoir accéder aux fonctions dans lesquelles se prennent les décisions, notamment les exécutifs, les vice-présidences et les délégations stratégiques.

Le colloque rappelle enfin que cette évolution ne concerne pas uniquement les femmes. Une démocratie locale représentative doit pouvoir réunir des femmes et des hommes aux parcours, aux âges, aux métiers et aux expériences différents. La diversité des points de vue peut enrichir la réflexion collective et permettre de mieux prendre en compte les réalités de l’ensemble de la population.

Les élues présentes adressent d’ailleurs un message commun aux femmes qui hésitent encore à se présenter : oser franchir le pas, avoir confiance et accepter d’apprendre en exerçant le mandat. Pour elles, l’exemple des femmes déjà engagées peut créer un effet d’entraînement : plus les femmes seront visibles dans les responsabilités locales, plus il deviendra naturel pour d’autres de s’engager à leur tour.

En résumé, la parité a progressé, mais elle reste inachevée. Le défi des prochaines années sera de passer d’une égalité de présence à une véritable égalité dans l’exercice du pouvoir local.

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