Démocratie dans les conseils municipaux et intercommunaux : et la parité alors ?
Extraits de l’allocution d’Aurore Bergé, Ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations
Je suis très heureuse d’être avec vous cet après-midi au Sénat.
Là où s’écrivent nos lois, là où s’inscrit aussi notre histoire.
Et ne nous trompons pas : la démocratie ne tient jamais dans la pierre.
Elle ne vit pas dans les murs, ni dans les titres.
Elle vit quand le pouvoir circule.
Quand l’expérience se transmet.
Quand celles et ceux à qui l’on a trop souvent dit « plus tard » décident de dire « maintenant ».
Depuis de nombreuses années, vous faites vivre le combat pour la parité en politique et l’égalité dans notre société avec une détermination remarquable.
Vous alertez, vous interpellez, vous proposez, vous accompagnez.
Vous avez su faire entendre une conviction simple mais essentielle : la parité n’est pas une revendication catégorielle, c’est une exigence démocratique.
Et les avancées que nous constatons aujourd’hui doivent beaucoup à cette mobilisation de longue haleine.
La réforme de 2025 n’est pas née par hasard.
Elle doit aussi beaucoup au travail des associations, de la ténacité des élues, de celles et ceux qui n’ont jamais accepté que l’égalité demeure une promesse inachevée.
Je veux enfin remercier l’ensemble des membres d’Elles aussi, ainsi que toutes les intervenantes et intervenants qui nourriront vos échanges cet après-midi.
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La République n’est pas une abstraction.
Elle n’est ni un décor, ni un privilège réservé à quelques-uns.
La République, ce sont des visages, des voix, des mains qui se tendent.
Et ces visages, ces voix, ces mains, ce sont les vôtres.
Ce sont celles des élus locaux qui, chaque jour, font tenir la promesse républicaine dans nos communes, petites, moyennes, grandes, rurales, urbaines, ultramarines.
Celles de ces dizaines de milliers d’hommes et de femmes engagés qui ne cherchent pas la lumière mais la justice ;
Pas la notoriété mais l’efficacité ;
Pas la fonction mais la mission.
Celles et ceux qui incarnent ce qui devrait être la colonne vertébrale de notre vie publique : la République du respect.
Respect des personnes.
Respect des territoires.
Respect de la parole donnée.
Et permettez-moi un mot plus singulier pour vous Mesdames.
Je veux vous le dire ici, sans emphase mais avec conviction : mesdames, vous êtes l’un des piliers les plus solides de la République.
Parce que vous savez une chose essentielle :
La démocratie ne se renouvelle pas toute seule.
Elle se cultive. Elle se transmet. Et elle se protège.
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Notre République, elle vit d’abord dans nos permanences, nos salles polyvalentes, nos CCAS, nos écoles.
Elle bat au rythme des questions que l’on nous pose au marché, des inquiétudes qu’on nous confie, des colères parfois, des espoirs souvent, que l’on porte sur nos épaules.
Je connais cette vie-là.
Depuis 15 ans, je suis engagée.
Depuis 11 ans, élue locale.
15 ans à sillonner un territoire rural, celui des 51 communes du Sud-Yvelines, où l’on sait la force des petites communes et la fragilité des grands équilibres.
15 ans à entendre des phrases qui, pour trop de femmes en politique, sont devenues presque banales mais ne devraient l’être jamais :
« Tu es sûre que tu vas tenir ? »
« Ce sera compliqué si tu veux des enfants. »
« Tu devrais attendre un peu. »
« On avait pensé à quelqu’un de plus expérimenté… »
Et puis il y a les remarques qu’on n’oserait jamais adresser à un homme : sur nos tenues, nos voix, nos émotions, nos cheveux, nos familles, notre âge, notre corps.
Les insinuations, les caricatures, les disqualifications. Les insultes parfois.
Les attaques tout le temps.
Il y a aussi ces petits sourires condescendants, ces soupirs agacés quand vous prenez la parole, ces réunions où l’on feint de ne pas vous voir lever la main, ces décisions prises « entre hommes », dans le couloir, après votre départ.
Nous savons à quel point l’exigence imposée aux femmes politiques est disproportionnée.
Deux fois plus compétentes.
Deux fois plus disponibles.
Deux fois plus irréprochables.
Pour être simplement considérées comme « à la hauteur ».
Il faut prouver avant d’entrer dans la pièce, puis prouver encore chaque jour pour pouvoir y rester.
Et souvent, il faut être parfaite là où d’autres peuvent simplement être présents.
Françoise GIROUD disait en 1983 avec sa provocation lucide :
« La femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignera une femme incompétente. »
Aujourd’hui, les femmes sont là.
Elles occupent l’espace.
Et elles prouvent, chaque jour, leur compétence.
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Les élections municipales de 2026 ont marqué une étape importante.
La réforme du scrutin de liste paritaire dans les communes de moins de 1000 habitants a produit les effets que beaucoup annonçaient impossibles.
Pendant des mois, nous avons entendu les mêmes objections.
« On ne trouvera pas de candidates. »
« Les petites communes n’y arriveront pas. »
« Ce sera ingérable. »
Aujourd’hui, nous avons une réponse. Les faits.
Les femmes étaient là.
Elles se sont engagées.
Elles ont constitué ou rejoint les listes.
Elles ont été élues.
Près d’un conseiller municipal sur 2 est désormais une conseillère municipale.
Dans les communes de moins de 1 000 habitants, la progression est spectaculaire.
Cette réforme était nécessaire.
Elle était juste.
Elle était attendue.
Et les résultats démontrent que ceux qui doutaient de la capacité des femmes à s’engager se trompaient.
Notre démocratie en sort renforcée.
Parce que lorsqu’une institution ressemble davantage à la société qu’elle représente, elle est tout simplement plus légitime.
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Mais soyons lucides.
Les élections de 2026 ne sont pas l’aboutissement de notre combat.
Elles en ouvrent un nouveau chapitre.
Car entrer dans les assemblées ne signifie pas encore exercer pleinement le pouvoir.
Les femmes sont plus nombreuses dans les conseils municipaux.
Mais elles restent beaucoup trop peu nombreuses parmi les maires.
Le plafond de verre n’a pas disparu.
Il s’est simplement déplacé.
Il est désormais là où se prennent les décisions.
Dans les exécutifs.
Dans les vice-présidences.
Dans les délégations comme les finances, l’urbanisme, le développement économique, l’aménagement…
Trop souvent encore, les femmes sont présentes, mais les responsabilités demeurent largement masculines.
La question qui nous rassemble aujourd’hui est donc simple.
Comment passer d’une parité de représentation à une véritable parité d’exercice du pouvoir ?
Comment faire en sorte que les femmes ne soient pas seulement autour de la table ?
Mais aussi à prendre les décisions.
Comment garantir que les responsabilités soient réellement partagées ?
C’est désormais le défi démocratique qui est devant nous.
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Et je veux vous dire quelque chose de fondamental :
Oui, les femmes ont de l’ambition.
Et il est temps de le dire haut et fort, sans justification, sans gêne, sans excès de modestie.
Les femmes ont le droit d’avoir toutes les ambitions :
Diriger une commune, une intercommunalité, piloter un budget, réformer un territoire, conduire une transition écologique, transformer une collectivité, mener une campagne nationale, présider un pays…
Les femmes ont le droit de vouloir gagner.
Le droit de vouloir convaincre.
Le droit de vouloir être aux avant-postes, sur les lignes de décision, là où se joue l’avenir du pays.
Longtemps, on a demandé aux femmes de viser raisonnable, modeste, sage, prudent.
D’attendre leur tour. D’être patientes, modestes.
L’ambition n’est ni un défaut, ni une menace.
Elle est une chance.
Pour l’économie, pour nos territoires, pour la démocratie, pour la République
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Mesdames,
Vous n’avez pas à demander l’autorisation d’être là.
Vous n’avez pas à vous excuser d’exister dans l’espace public.
Vous n’avez pas à prouver davantage que les autres pour mériter ce que vous avez déjà conquis.
Vous êtes légitimes, vous êtes capables, vous êtes attendues.
Et plus encore : vous êtes indispensables.
La responsabilité qui est désormais la nôtre est collective.
Veiller à ce que les portes qui se sont ouvertes ne se referment jamais.
Faire en sorte que les nouvelles générations trouvent leur place plus facilement que les précédentes.
Faire reculer les stéréotypes.
Faire progresser le partage des responsabilités.
Parce que la parité ne peut pas être seulement une photographie électorale.
Elle doit devenir une réalité quotidienne dans l’exercice du pouvoir.
La démocratie locale ne gagnera pas seulement à compter davantage de femmes.
Elle gagnera lorsque le pouvoir lui-même sera pleinement partagé.
C’est la prochaine étape et c’est le débat que vous ouvrez aujourd’hui.
Et c’est un débat essentiel.
Parce que la République ne se contente jamais de proclamer l’égalité.
Elle doit la faire vivre.
Partout. Pour toutes. Pour tous. Et durablement.
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