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Femmes et pouvoir. Une démocratie féministe est-elle possible ?

A notre époque où le féminisme est devenu un fait culturel majeur, on assiste à l’arrivée au pouvoir dans le monde de femmes politiques pétries d’audace et d’ambition, comme un des effets des revendications de parité et d’égalité. Elles aussi se saisit de l’actualité récente pour initier un questionnement à poursuivre sur les féminismes.

 L’idée de parité est née en Europe, il y a plus de trois décennies, comme juste équilibre entre les femmes et les hommes dans la répartition des pouvoirs et des responsabilités, portée par le mouvement paritaire issu de la mobilisation associative, elle a été légitimée et confirmée mondialement, lors de la quatrième conférence mondiale sur les femmes à Pékin en 1995. La brèche ainsi ouverte dans un monde dirigé exclusivement par des hommes a ouvert aux femmes, moitié de l’humanité, l’accès au champ politique, a favorisé leur audace et leur ambition, et dynamisé les  revendications en droits d’autres  groupes sociaux , ou minorités oubliées .On a ainsi vu , à travers le monde , des premières figures de femmes devenir cheffes de gouvernement, des femmes affirmer leur présence à l’UE ; nous avons salué ce renouvellement , attentives à leurs déclarations politiques concernant les femmes.

Le féminisme est devenu un fait culturel majeur et à l’instar de ces femmes puissantes, sont féministes, aujourd’hui, toutes femmes qui, ne reculant pas devant leurs désirs mettent en acte leur aspiration à une égalité avec les hommes dans le cercle privé et le domaine public. Les victoires récentes, quoique de natures très différentes de Liz Truss Première Ministre du Royaume Uni et de Giorgia Meloni en Italie, sans doute future première femme Présidente du Conseil, nous incitent à préciser brièvement le féminisme d’Elles aussi dans son engagement de 30 ans pour la parité.

Pour Elles aussi, il ne s’agit pas de partager avec les hommes un pouvoir inchangé, mais, portant une réflexion critique sur ce pouvoir lui-même, son principe et son économie politique, de le transformer en y introduisant l’hétérogénéité et la différence venant de l’expérience de vie des femmes. Comment parler d’égalité entre deux termes non identiques qu’on veut égaliser, sans interroger leur différence ? Comment parler d’égalité avec les hommes dans le monde tel qu’il est où règne toujours un principe d’inégalité entre les sexes, un monde encore androcentré, malgré des progrès, où le masculin représente toujours symboliquement l’humain ? Cette démarche a d’ailleurs favorisé chez les hommes la prise de conscience des normes sexuées qui les contraignent aussi. Le peuple des hommes n’est pas un bloc phallocrate ! Et pour Elles aussi, la parité est un levier pour démocratiser notre système politique 

Dans les deux situations de prise de pouvoir par des femmes, au Royaume Uni et en Italie, on a vu à l’œuvre un féminisme opportuniste portant avant tout des intérêts de classe ou une idéologie et non l’égalité de genre, ayant parfaitement intégré et rejouant les pratiques habituelles du patriarcat politique.

Quels sont les ressorts profonds des votes des adhérents au parti conservateur qui ont amené Liz Truss à la tête de ce parti et au poste de Première Ministre ? A 70% des hommes, plutôt âgés (la cinquantaine en moyenne), ne représentant pas la diversité ethnique du pays [1] ont voté pour une femme plus jeune, dure et érigée sous le travestissement de Margaret Thatcher jusqu’au mimétisme vestimentaire. 

Certes, féminiser les directions des formations d’extrême-droite semble une nécessité stratégique pour attirer les électrices ; mais la victoire aux élections législatives en Italie du parti de Giorgia Meloni a fait l’effet d’une bombe en Europe. Son nom Fratelli d’Italia (FDI)ou frères d’italie est déjà tout un programme, excluant les femmes, ignorant leur force et leur apport.

Giorgia Meloni a 45 ans et 30 ans d’engagement politique commencé au Mouvement Social Italien (MSI) fondé par des fidèles de Benito Mussolini après sa chute en 1946. Née dans un milieu de gauche, en révolte contre son père qui abandonne la famille, elle trouve au MSI, puis à l’Alliance Nationale (AN) qui lui succède une seconde famille et une figure de père et d’autorité légitimante, à laquelle s’identifier. Le FDI nait des cendres de l’AN en 2012, après l’implosion de la droite italienne, il répond alors à la volonté de retrouver une continuité avec l’histoire du MSI, comme en témoigne l’emblème du parti : la flamme tricolore qui évoquerait le feu ardent et éternel brûlant sur la tombe de Mussolini. Tout en prenant ses distances avec le passé mussolinien sans le désavouer totalement, entre ambiguïtés et double discours, Meloni est un personnage médiatique prête à tout pour exister, elle arrive ainsi à incarner la nouveauté pour des millions d’électeurs italiens, un véritable tour de force ! Si le FDI n’a rien à voir avec le culte de la violence des squadristes mussoliniens, les fondamentaux demeurent, comme en atteste la reprise du slogan « Dieu, Famille, Patrie ». On peut les expliciter : défense des intérêts nationaux contre l’UE, xénophobie, hostilité aux immigrés, conservatisme, autoritarisme, attachement aux valeurs chrétiennes et à la « famille naturelle », opposition à « l’idéologie du genre » et aux groupes LGBT. Meloni soutient les valeurs traditionnelles contre la modernité qui créerait, selon ses dires, le désordre et le désarroi dans le peuple

Les femmes n’ont évidemment rien à attendre de son gouvernement, d’ailleurs la politique nataliste annoncée, a en ligne de mire de réduire l’accès à l’avortement et à la contraception. 

Tandis que, de Viktor Orban à Marine Le Pen, les leaders des partis nationalistes et réactionnaires  européens  se félicitent que leurs idées arrivent au pouvoir en Italie, les négociations institutionnelles en cours s’avèrent houleuses et difficiles pour  Giorgia Meloni ; elle est bien une femme, malgré sa posture affichée et le machisme des alliés qu’elle a distancés, Silvio Berlusconi et Matteo Salvini, ne lui facilite pas la tâche .

 Anne-Marie Marmier, 18 septembre 2022[2]

 

[1] Selon une étude de la Queen University de Londres

[2] Depuis cette date, Liz Truss  a été contrainte de démissionner et  Giorgia Meloni devenue Première Ministre, a  présenté son gouvernement de 24 ministres dont 6 femmes et pami elles, 4  sont des ministres sans porte- feuille dont  Famille, natalité et égalité des chances.

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