L’objectif de Parité aux jeux olympiques et paralympiques de Paris 2014
« Les jeux olympiques de Paris 2024 seront les premiers Jeux strictement paritaires de l’histoire », annonçait à la planète le CIO dans un communiqué de presse du 7 décembre 2020. De fait, les jeux de Paris ont globalement répondu à cette exigence au niveau de la sélection des athlètes en compétition (49,14% de femmes pour les jeux olympiques et 46% pour les paralympiques). On aimerait bien connaître de tels résultats dans d’autres domaines, notamment politique et économique.
Une première historique
Il s’agit là d’une première historique dont nous ne pouvons que nous féliciter en remarquant qu’une nouvelle fois les Jeux de Paris auront marqué l’Histoire des femmes dans le sport. Rappelons en effet que c’est à Paris, lors des Jeux de 1900, que, pour la première fois, les femmes ont été autorisées à participer aux JO. Á l’époque, 22 femmes seulement avaient pu y participer contre 975 hommes (soit 2%) et encore, dans certaines disciplines seulement (tennis et golf en individuel, voile, croquet et équitation en équipe). Charlotte Cooper, athlète britannique, fut alors la première femme médaillée d’or en tennis.
Un objectif globalement atteint pour les qualifications
L’objectif fixé par le CIO, pour les JO était d’atteindre 10 500 qualifications avec une répartition 50/50 entre les hommes et les femmes sur les 45 disciplines disputées, dont plusieurs nouvelles comme la breakdance ou le relais mixte marche marathon, venu remplacer le 50 km marche masculin obligeant ainsi les délégations à faire concourir autant de femmes que d’hommes. Et pour tenter d’atteindre cet objectif, outre de nouvelles épreuves mixtes, le CIO a défini des quotas dans chaque épreuve… En réalité, ce sont 11 237 athlètes qui ont été qualifié·es avec 192 hommes de plus que de femmes. L’on peut donc affirmer que l’objectif de parité a bien été globalement atteint.
Cette légère disparité s’explique principalement par deux faits : toutes les délégations ne sont pas paritaires, loin s’en faut, la parité n’étant pas un critère inscrit dans la Charte olympique. Rappelons que le gouvernement afghan des talibans n’a pas reconnu la participation des trois femmes présentes dans la délégation afghane de six athlètes sélectionnée par le CIO en consultation avec le Comité olympique afghan dont plusieurs membres sont en exil. Il n’a reconnu que la sélection des trois hommes de cette délégation, les femmes étant interdites de sport en Afghanistan depuis leur retour au pouvoir, victimes d’un apartheid de genre qui ne fait que s’aggraver depuis trois ans, dans un silence assourdissant…
Mais des disparités avec certaines disciplines encore très genrées
D’autre part, certaines disciplines sont très genrées. Si l’on ne trouve aujourd’hui encore que des femmes en natation artistique (bien que pour la première fois l’épreuve par équipe ait été ouverte aux hommes mais aucun pays n’avait de nageur à proposer dans cette discipline) ou en gymnastique rythmique, à l’inverse, il n’y a que très peu de femmes en lutte (33%) en raison de l’absence totale de femmes en lutte gréco-romaine, héritage de l’Antiquité ; elles ne sont que 38% en équitation malgré des épreuves totalement mixtes, mais l’équitation de haut niveau demeure un sport masculin qui concentre 60% d’hommes alors qu’en bas de l’échelle, 85% des licencié·es sont des filles et des femmes. Ainsi, concernant la France, sur les douze cavaliers qualifiés en équipe de France, on ne compte que deux femmes dont une remplaçante. Cherchez l’erreur…. Selon Mathilde Julla-Marcy, sociologue du sport de haut niveau, la mixité dans le sport est en fait défavorable aux femmes car la domination masculine y sévit alors à nouveau. Et dans le football, sport populaire par excellence où les footballeuses se sont fait connaître ces dernières années, on ne trouve que 43% d’athlètes femmes qualifiées aux JO. Rien d’étonnant puisque le tableau féminin de football a vu s’affronter 12 équipes tandis que le tableau masculin était composé, lui, de 16 équipes. Et jusqu’en 2000, certaines disciplines
restaient interdites aux femmes comme le lancer de marteau, le saut à la perche, le waterpolo ou l’haltérophilie. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où la charte olympique rend obligatoire la présence des femmes dans tous les sports y compris la boxe bien qu’une disparité persiste dans cette discipline où sur les 13 catégories reconnues, 7 sont réservées aux hommes et 6 aux femmes.
Des instances sportives toujours tenues par des hommes en France et à l’international
Cette parité quasi absolue sur le papier quant aux athlètes sélectionné·es ne doit cependant pas cacher de fortes disparités dans le sport et des difficultés certaines pour les athlètes féminines. Car, pour le moment, les instances sportives dirigeantes sont toujours tenues par des hommes, quelles qu’elles soient. En France, sur les 36 fédérations olympiques (jeux d’été et jeux d’hiver confondus), deux seulement sont dirigées par des femmes (Nathalie Pechalat pour les sports de glace, Isabelle Jouin pour le hockey sur gazon) alors que la loi sur la démocratisation du sport de mars 2022 fixait dans son article 29 l’exigence de parité dans les conseils d’administration des fédérations sportives pour 2024 et pour ceux des ligues sportives régionales pour 2028. On en est bien loin. Quant aux licencié·es, les Françaises ne sont que 32,8% dans les fédérations olympiques. Ce faible pourcentage s’explique par le fait que certains clubs sportifs ne proposent tout simplement pas de sections féminines et quand elles sont proposées, elles sont souvent moins bien loties que les autres – en matière de budget, équipement, encadrement – sans compter des climats parfois malsains de sexisme et de violences sexuelles, fortement dissuasifs.
Au niveau international, sur les 32 fédérations internationales de sports olympiques, seules celles du golf (par la Suédoise Annika Sörenstam) et du triathlon (par l’Espagnole Marisol Casado) sont présidées par des femmes. Le Cojop (Comité d’organisation des jeux olympiques et paralympiques de Paris) a été dirigé par trois hommes, Tony Estanguet, Étienne Thobois et Michaël Aloïsio alors qu’il aurait été facile de constituer au moins un binôme pour respecter l’engagement paritaire annoncé. Quant au Comité national olympique (CNO) français, il n’a connu qu’une présidente, Brigitte Henriques, durant deux ans (29 juin 2021 – 29 juin 2023), première femme à accéder à ce poste en près de 120 ans d’existence… Et sur les 250 autres CNO dans le monde, une dizaine seulement sont dirigés par des femmes. Quant au CIO, sa commission exécutive comprend cinq femmes pour dix hommes…
Encore des efforts à faire en France en matière de parité pour les sports paralympiques
Concernant les Jeux paralympiques, la participation des Françaises fut loin d’être paritaire. Elle n’a été que de 34% (155 hommes pour 82 femmes). Si tout le monde a découvert et s’est enthousiasmé pour Aurélie Aubert à la boccia, Marie Patouillet en cyclisme, Emeline Pierre en natation, c’est parce que ces trois Françaises ont remporté l’or mais c’est aussi parce qu’elles n’ont été que trois à obtenir une telle médaille contre quatorze athlètes paralympiques hommes. Toutefois, l’espoir est permis puisque le comité paralympique et sportif français (CPSF) présidé par une femme, Marie-Amélie Le Fur, s’est engagé sur un objectif de 40% de participation féminine pour les jeux de 2028 à Los Angeles.
A méditer, en guise de conclusion : au niveau international, les deux nations paralympiques arrivées en tête en nombre de médailles sont la Chine avec 56% de femmes sélectionnées, puis le Royaume Uni avec 46%… Nous le savons, la parité est toujours gagnante…
Christine Villeneuve
Elles aussi/ Alliance des femmes pour la démocratie
Nombre de femmes qualifiées par pays :
https://www.touteleurope.eu/societe/jo-2024-combien-d-athletes-compte-chaque-delegation-des-paysde-l-union-europeenne/