Être élue oui, mais exercer le pouvoir ou seulement le partager est une autre question fondamentale pour les femmes. La problématique du fonctionnement municipal et intercommunal doit être analysée en profondeur pour conduire à une juste représentation des femmes dans ces institutions politiques.
Le bénéfice de la Loi
La loi du 21 mai 2025 avec la mise en place d’un scrutin de liste paritaire alternée a pleinement joué son rôle pour une entrée massive des femmes dans les Conseils municipaux et exécutifs des communes de moins de 1 000 habitants (71% des communes) soit 25 000 communes supplémentaires. C’est incontestablement une avancée démocratique attendue depuis longtemps par les femmes, les associations de maires et maires ruraux de France.
47,7% de femmes dans les Conseils municipaux récemment élus de ces communes contre 37,6% en 2020 : les femmes n’ont pas été introuvables comme l’affirmaient certains élus locaux qui demandaient par la voix de leurs parlementaires de saisir le Conseil constitutionnel sur la légitimité de cette loi.
Aujourd’hui encore, et malgré les résultats avérés de cette mesure, un certain nombre de parlementaires tentent de promouvoir des assouplissements voire une révision partielle du dispositif.
Restons vigilants afin que la loi adaptée à une faible majorité en 2025 ne subisse pas de remise en cause.
Répartition des conseiller.es municipaux.ales par genre et selon la population de la commune
Population | Femmes | Hommes |
Moins de 500 hbts | 47,4% | 51,8% |
500 à 1 000 hbts | 48,3% | 51,7% |
1 000 à 10 000 hbts | 48,7% | 51,3% |
10 000 à 50 000 hbts | 49,0% | 51,0% |
50 000 à 100 000 hbts | 49,1% | 50,9% |
Plus de 100 000 hbts | 49,5% | 50,5% |
Ensemble | 48,2% | 51,8% |
Source : Ministère de l’intérieur
Les écarts entre les hommes et les femmes résultent de la plus grande proportion d’hommes têtes de listes et du nombre impair de candidat.es par liste.
Quid du partage du pouvoir et des responsabilités dans le bloc communal ?
C’est une première étape dans l’inclusion des femmes dans ces assemblées délibératives mais il reste à analyser la répartition des délégations. Seront-elles moins stéréotypées que lors de la dernière mandature ? Les délégations les plus stratégiques seront-elles préemptées par les hommes ? Quelle représentation des femmes dans les intercommunalités ? Faut‑il étendre la parité obligatoire aux délégations exécutives intercommunales ? Quelles mesures pour soutenir les têtes de listes femmes (formation, réseaux, financement). Ce sont des débats incontournables pour une démocratie paritaire.
Les résistances persistent
Oui les femme élues sont plus nombreuses, mais le plafond de verre résiste avec 23% de femmes maires. Seulement trois points de plus qu’en 2020. C’est peu et à ce rythme la parité dans la fonction de maire ne sera atteinte qu’en… 2083 ! Selon le journal « Le Monde, les listes municipales 2026 menées par des femmes étaient de 26,5% et elles n’ont gagné que dans 23 % des cas. Leurs listes ont proportionnellement plus perdu que les listes menées par des hommes. Elles aussi a pu observer les difficultés rencontrées par les femmes tête de liste lorsqu’elles affrontent un maire sortant qui bénéficie d’une notoriété et d’un réseau important fort utile pour mobiliser les électeurs et électrices.
Un recul pour les femmes maires dans les premières villes de France.
En 2026, seules huit mairies sur les 42 de plus de 100 000 habitants sont dirigées par des femmes, un chiffre en net recul par rapport à 2020 ou elles étaient 11. Paris, Besançon et Mulhouse ont désormais un maire masculin. Parmi elles, six ont été réélues : la socialiste Nathalie Appéré à Rennes (Ille-et-Vilaine), la candidate divers droite Josée Massi à Toulon (Var), Nathalie Koenders (PS) à Dijon (Côte-d’Or). Laurence Ruffin (Union de la gauche et des écologistes) bat Alain Carignon (LR) à Grenoble (Isère) et Catherine Trautmann (PS) maire de Strasbourg (Bas-Rhin) à deux reprises (en 1989 et en 2000) redevient maire. Mais trois maires hommes l’emportent face à trois femmes maires : Emmanuel Grégoire à Paris ; Ludovic Fagaut arrive à Besançon et Frédéric Marquet à Mulhouse.
Sur les 10 plus grandes villes de France, seulement deux ont été remportées par des femmes, à Nantes (Loire-Atlantique), la socialiste Johanna Rolland entame un troisième mandat et Catherine Trautmann est élue à Strasbourg.
Elles aussi, une fois tous les résultats publiés par le Ministère de l’intérieur, fera un bilan de la représentation des femmes dans les assemblées municipales et communautaires et présentera ses préconisations pour une juste parité.
Reine Lépinay